CFA : plus de la moitié pourraient être en déficit en 2026. Ce qui fait tenir une section
Par Mathias Costes
Pendant cinq ans, ouvrir une section d'apprentissage était presque toujours rentable. Ce n'est plus le cas. Les niveaux de prise en charge des contrats ont été révisés, le fonds de soutien aux CFA a été divisé par huit, et les effectifs reculent dans l'artisanat. Pour les CFA consulaires comme pour les CFA privés, la question n'est plus seulement le nombre d'apprentis, mais le résultat de chaque section.
Les chiffres du choc
Le 30 juin 2026, la commission des finances de l'Assemblée nationale a examiné l'évaluation des effets de la baisse des crédits de l'apprentissage. Le rapporteur spécial Emmanuel Maurel y a donné les ordres de grandeur suivants :
- 34 % des CFA étaient déficitaires en 2024. Selon la Fnadir, ils seraient 41 % en 2025 et 56 % en 2026.
- Le taux de marge des CFA est passé de 11 % en 2021 à 5,1 % en 2024, et à 1,4 % pour les structures consulaires.
Le financement complémentaire versé par l'État aux régions a presque disparu. L'arrêté du 28 mai 2026 ramène le fonds de soutien à l'apprentissage à 33 millions d'euros pour 2026 (11 millions pour le fonctionnement des CFA, 22 millions pour l'investissement), contre 268,2 millions en 2024 et 2025. Le projet de loi de finances pour 2027 prévoit la suppression de ces enveloppes régionales et la création d'un fonds national ciblé, réservé aux CFA en difficulté qui assurent des formations prioritaires (voir notre analyse du budget 2027).
Dans l'artisanat, le réseau des chambres de métiers décrivait la situation dès le 22 janvier 2026, dans une lettre ouverte : plus de 110 000 apprentis par an, une baisse moyenne de 8 % des moyens de fonctionnement des formations, une perte de ressources de l'ordre de 30 millions d'euros pour 2025 et un résultat d'exploitation passé sous zéro. Pour la première fois depuis 2013, les effectifs d'apprentis y baissent, d'environ 6 %.
Les chambres de commerce et d'industrie affrontent en plus une baisse de leurs ressources propres : l'article 42 du projet de loi de finances pour 2027 prévoit d'abaisser le plafond de la taxe pour frais de chambres de 505 à 380 millions d'euros. Ce n'est qu'un projet : la commission des finances a adopté un amendement contraire, et l'issue du débat parlementaire reste ouverte.
Ce qui a changé dans le financement au contrat
Le financement au contrat, versé par les opérateurs de compétences, reste le socle du modèle. Ses règles ont changé en 2025 et 2026 :
- De nouveaux niveaux de prise en charge. Le 2 avril 2026, France compétences a adopté des recommandations aux branches : une valeur de référence par certification, fondée sur les coûts observés et revalorisée de 1,85 %, avec une marge de modulation encadrée. Les niveaux sont fixés pour trois ans au moins.
- Un décret de carence. Le décret n° 2026-832 du 29 août 2026 fixe les niveaux applicables aux contrats conclus depuis le 1er septembre 2026 lorsque la branche n'a pas fixé les siens ou n'a pas suivi les recommandations. Selon France compétences, le niveau moyen pondéré reste stable, mais la majorité des niveaux modulés l'ont été à la baisse.
- Une participation de l'employeur. Depuis le 1er juillet 2025, l'employeur verse au CFA une participation forfaitaire de 750 euros pour chaque contrat qui prépare un diplôme ou un titre de niveau 6 ou plus (article R. 6332-25-1 du Code du travail).
Résultat : pour une même certification, la recette par contrat peut baisser, et elle varie davantage d'une branche à l'autre. Une moyenne à l'échelle du CFA ne suffit plus à savoir où l'on gagne et où l'on perd de l'argent.
La section, unité de pilotage
Selon Centre Inffo (9 avril 2026), une formation devient déficitaire en dessous de 12 à 15 apprentis par section. Le seuil exact dépend de chaque CFA : il se calcule.
La méthode. Pour chaque section :
- Les recettes. Nombre de contrats multiplié par le niveau de prise en charge de la certification, plus la participation de l'employeur pour les niveaux 6 et plus, plus les autres financements propres à la section.
- Les coûts directs. Heures de face-à-face multipliées par le coût horaire des formateurs, coordination pédagogique, plateaux techniques, matières, examens.
- La quote-part des coûts communs. Direction, administration, locaux, relations entreprises, qualité, répartis selon une clé stable (heures ou nombre d'apprentis).
- Le point mort. Le nombre de contrats à partir duquel la section couvre ses coûts directs et sa quote-part.
Un exemple fictif, pour illustrer. Une section de 12 apprentis financés à 7 500 euros rapporte 90 000 euros par an. Si elle mobilise 600 heures de face-à-face à 70 euros de l'heure, soit 42 000 euros, plus 15 000 euros de plateau technique et de matières, elle dégage 33 000 euros avant coûts communs. Avec une quote-part de 3 000 euros par apprenti, soit 36 000 euros, elle perd 3 000 euros. Un contrat de plus (7 500 euros de recettes, 3 000 euros de quote-part) la fait passer à l'équilibre, avec 1 500 euros d'excédent ; un tronc commun partagé avec une section voisine peut produire le même effet.
Cinq leviers pour tenir sans fermer
- Revoir la carte des formations. Regrouper les sections trop petites, mutualiser un tronc commun entre certifications proches, ouvrir les sections là où les entreprises recrutent. Une fermeture se décide sur le résultat de la section, pas sur celui du CFA.
- Remplir les sections avant la rentrée. Le recrutement des apprentis et la relation avec les entreprises deviennent des fonctions économiques : un contrat signé en septembre vaut plus qu'un contrat signé en décembre.
- Mélanger les publics. Apprentis, salariés en formation continue, personnes en reconversion ou en validation des acquis peuvent partager des modules. L'individualisation des parcours permet ce mélange sans multiplier les heures de cours.
- Mobiliser les ressources complémentaires. Participation des employeurs pour les niveaux 6 et plus, solde de la taxe d'apprentissage pour les équipements (il ne finance pas le fonctionnement d'un CFA), futur fonds national pour les formations prioritaires.
- Piloter par indicateurs. Taux de remplissage, ruptures, résultat par section, réussite aux examens : suivis chaque mois, et non découverts au bilan.
Ce qu'il faut retenir
- 34 % des CFA étaient déficitaires en 2024 ; la Fnadir en attend 56 % en 2026.
- Le fonds de soutien à l'apprentissage passe de 268,2 millions d'euros en 2024 et 2025 à 33 millions en 2026.
- Les niveaux de prise en charge ont été révisés en 2026 ; un décret de carence s'applique aux contrats conclus depuis le 1er septembre 2026.
- L'employeur verse 750 euros par contrat de niveau 6 ou plus depuis le 1er juillet 2025.
- Le résultat se pilote section par section, avec un point mort calculé pour chacune.
Comment Mentivis peut vous aider
Mentivis est un opérateur de formation : nous concevons, ouvrons et faisons fonctionner des écoles, des CFA et des organismes de formation. Pour un CFA ou une école sous tension, nous reprenons avec la direction le pilotage économique et pédagogique, sans prendre la propriété de l'établissement :
- Diagnostic par section et trajectoire économique : gestion externalisée d'organisme de formation.
- Refonte de la carte des formations ou ouverture d'un nouveau CFA : créer un CFA.
- Individualisation des parcours pour mélanger les publics sans ajouter d'heures : MentivisOS.
Pour faire le point sur vos sections, réservez un échange de 30 minutes.
Sources
- Assemblée nationale, commission des finances, compte rendu n° 116 du 30 juin 2026 (évaluation des effets de la baisse des crédits liés à l'apprentissage)
- Arrêté du 28 mai 2026 fixant le montant et la répartition du fonds de soutien à l'apprentissage aux régions (JORF du 30 mai 2026)
- Décret n° 2026-832 du 29 août 2026 fixant les niveaux de prise en charge des contrats d'apprentissage
- France compétences, révision générale des niveaux de prise en charge des contrats d'apprentissage (3 avril 2026)
- Décret n° 2025-585 du 27 juin 2025 (participation de l'employeur, article R. 6332-25-1 du Code du travail)
- Réseau des CMA, lettre ouverte « L'apprentissage dans l'artisanat : la fin d'un modèle gagnant ? » (22 janvier 2026)
- Centre Inffo, CFA : la bataille de la qualité pour survivre à la crise (9 avril 2026)
- Code du travail, article L. 6241-4 (solde de la taxe d'apprentissage)
- Projet de loi de finances pour 2027, n° 3210 (Assemblée nationale)
Pour aller plus loin : obtenir et utiliser les fonds de la taxe d'apprentissage, gérer la relation avec les OPCO, attirer des apprentis en 2026, le bilan pédagogique et financier et les chiffres du marché de la formation.
Vous souhaitez en savoir plus ?
Discutons de vos besoins et explorez ce que Mentivis peut construire pour vous.
Contact