Crise de l’enseignement supérieur, la riposte des entreprises

Pris à la gorge par la fin de l’eldorado de l’alternance, des milliers d’écoles privées vacillent. Pendant ce temps, des grands groupes créent leurs propres centres de formation. Enquête sur un système éducatif à bout de souffle.

Le constat est sans appel. Dans les couloirs des écoles de commerce et d’ingénieurs privées, la rentrée 2024 a des allures de gueule de bois. « On a perdu 30 % de nos contrats d’alternance en un an », confie sous couvert d’anonymat le directeur d’une école francilienne. « Les entreprises nous disent cash : vos étudiants ne sont pas prêts, on ne paie plus. »

Derrière cette défection, une réalité chiffrée : le système d’apprentissage subventionné, dopé aux aides publiques depuis 2018, est en train de s’effondrer. France Compétences affiche un déficit abyssal de 4,5 milliards d’euros. Les niveaux de prise en charge ont fondu. Et des milliers d’étudiants se retrouvent sans entreprise d’accueil, parfois à quelques semaines de la rentrée.

« C’était écrit », lâche une responsable RH d’un groupe du CAC 40. « Pendant cinq ans, on a vu débarquer des profils totalement déconnectés de nos besoins réels. Des écoles montées en quelques mois par des fonds d’investissement, sans pédagogie, juste pour capter la manne publique. »

Un business model fondé sur le volume, pas sur la qualité

Le modèle était simple : multiplier les promotions, maximiser les effectifs, toucher les subventions. Les LBO ont afflué dans le secteur. Résultat : une inflation du nombre d’établissements privés, souvent adossés à des groupes d’investissement plus intéressés par les rendements que par l’insertion professionnelle.

« On a créé une bulle », résume un ancien cadre dirigeant d’une école de management. « Le jour où l’État a décidé de couper les robinets, tout s’est grippé. »

Les écoles les plus fragiles sont aujourd’hui au bord du dépôt de bilan. Certaines ferment des campus entiers, d’autres licencient massivement. « La qualité pédagogique devient la variable d’ajustement », regrette un syndicat étudiant.

« Elles veulent des profils plug-and-play »

Mais dans ce marasme, une autre dynamique émerge, plus discrète. Lassées d’attendre que les écoles s’adaptent, certaines grandes entreprises ont décidé de reprendre la main. Elles créent leurs propres structures de formation, adossées à des diplômes certifiés, mais entièrement contrôlées.

« On ne veut plus dépendre d’un système chaotique », explique un DRH d’une multinationale française. « On a besoin de jeunes formés sur nos outils, nos process, notre culture. Pas de profils généralistes qui mettent six mois à être opérationnels. »

Ces dispositifs hybrides, à mi-chemin entre l’école d’entreprise et le recrutement sur-mesure, se multiplient en silence. Pour les accompagner, des cabinets spécialisés en ingénierie de formation émergent. « Les entreprises cherchent aujourd’hui des solutions efficaces pour former leurs futurs employés. Devant le manque d’adaptation des acteurs de la formation, quoi de plus naturel que d’internaliser leurs propres solutions, adaptées à leurs besoins », analyse un consultant du secteur.

« On ne vend pas de formation, on construit des pipelines de talents », explique Roxan Roumégas, président du directoire du cabinet de conseil Mentivis. « Les apprenants sont immédiatement productifs. Les managers ne jouent plus à la loterie du recrutement. »

Un constat partagé par plusieurs acteurs de l’écosystème RH. « On assiste à une recomposition profonde du marché », observe le directeur d’un organisme de certification. « Les grands groupes ne veulent plus externaliser leur stratégie de formation. Ils la considèrent désormais comme un actif stratégique, au même titre que leur R&D ou leur supply chain. »

« Ce n’est plus un prestataire qu’ils cherchent, c’est un allié »

Le procédé interpelle. Certains y voient une forme de privatisation rampante de la formation professionnelle. D’autres, une réponse pragmatique à un système défaillant. « Les directeurs des ressources humaines que je croise ne veulent plus un catalogue de formations », résume une consultante en stratégie RH. « Ils veulent un dispositif clé en main qui recrute, forme et fidélise. »

Pour les écoles traditionnelles, le message est brutal : le temps où elles étaient incontournables est révolu. « L’après-crise ne sera pas fait d’établissements hors-sol », prédit un expert du secteur. « Mais de campus intégrés, portés par des entreprises qui ont compris qu’elles devaient devenir leur propre école. »

Pendant ce temps, dans les allées du Salon de l’Étudiant, des milliers de jeunes cherchent encore une alternance. Sans savoir que le système auquel ils se préparent est peut-être déjà en train de disparaître.

Transformer la formation en levier stratégique

Face à la crise de l’enseignement supérieur privé, certaines entreprises ont décidé de reprendre le contrôle de leur pipeline de talents. Mentivis accompagne les directions des ressources humaines dans la conception et le déploiement de dispositifs de formation internalisés, certifiés et sur-mesure.

L’objectif ? Construire des parcours adaptés aux besoins réels de l’entreprise, former des profils immédiatement opérationnels, et sécuriser le recrutement dans la durée.

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Marie Castelli Partner Talent Network