Les victimes collatérales d’un système fragile
L’enseignement supérieur privé français connaît une croissance soutenue depuis plus d’une décennie. En 2023-2024, 790 000 étudiants étaient inscrits dans des établissements privés, représentant 26,6% des effectifs totaux du supérieur français. Cette progression de 72% depuis 2010 témoigne du rôle croissant de ces institutions dans le paysage éducatif national.
Cette expansion répond en partie à l’augmentation constante de la demande étudiante et aux capacités limitées du secteur public. Cependant, cette croissance s’accompagne de défis structurels qui questionnent la durabilité du modèle.
Les fermetures d’établissements : un phénomène récurrent
Plusieurs établissements privés ont cessé leurs activités ces dernières années, illustrant la fragilité de certains modèles économiques :
Cas récents (2024-2025) :
- Training Academy (Saint-Étienne) : liquidation judiciaire en mai 2024
- Tourism Academy : liquidation définitive en 2024 après cessation de paiements en octobre 2023
- École des Métiers de l’Information (EMI) : redressement judiciaire en septembre 2024, reprise par le groupe Igensia en juin 2025
- ETSUP (École supérieure de travail social) : liquidation le 3 juillet 2025
Précédents marquants :
- Campus Academy Aix-en-Provence : fermeture en février 2023, 150 étudiants concernés
- Supinfo (2020) : liquidation du groupe Educinvest, fermeture de 15 campus sur 20, 1 500 étudiants impactés
- CLESI (2013) : fermeture affectant 300 étudiants en odontologie et kinésithérapie
Ces fermetures soulèvent des questions sur l’accompagnement des étudiants et la reconnaissance de leurs cursus en cours.
Les défis du modèle économique
Dépendance aux frais de scolarité
De nombreux établissements privés financent leurs activités principalement par les frais de scolarité, qui varient entre 100 et 40 000 euros par an selon les formations. Cette dépendance rend ces institutions sensibles aux variations d’effectifs et aux difficultés financières des familles.
Impact de la réforme de l’apprentissage
La réforme de 2018 a dynamisé l’apprentissage : les contrats ont progressé de 305 000 en 2017 à 736 000 en 2021. Cette croissance a bénéficié au secteur privé, qui a développé de nombreux centres de formation d’apprentis (CFA).
Néanmoins, cette évolution crée une nouvelle dépendance aux financements publics. Les modifications annoncées pour 2025-2026, notamment l’introduction d’une participation obligatoire de 750 euros par contrat, pourraient affecter l’équilibre financier de certains établissements.
Le cadre réglementaire en évolution
Situation actuelle
Un rapport parlementaire identifie l’enseignement supérieur privé à but lucratif comme un « angle mort » réglementaire, caractérisé par « l’absence de données précises » et un « cadre juridique obsolète ». Les diplômes d’établissement ne font l’objet d’aucun contrôle spécifique, tandis que les titres RNCP, bien qu’officiellement reconnus, privilégient les critères professionnels sur les aspects pédagogiques.
Réforme à venir (2025-2027)
Une réforme majeure est prévue, articulée autour de quatre axes :
- Évaluation unique : Le HCERES deviendra l’organisme d’évaluation de référence pour tous les établissements
- Reconnaissance graduée : Mise en place de deux niveaux de reconnaissance
- Contrôle a posteriori : Système de confiance progressive basé sur les résultats
- Information transparente : Amélioration de l’information destinée aux étudiants et familles
À partir de 2027, seuls les établissements reconnus « service public » ou « agréés MESR » pourront publier leurs formations sur Parcoursup. Des sanctions sont prévues, incluant un agrément probatoire et un possible retrait d’agrément.
L’accompagnement des étudiants
Actuellement, aucun mécanisme de garantie spécifique ne protège les étudiants en cas de fermeture d’établissement. Les solutions proposées (transferts, remboursements partiels) restent variables selon les situations.
Cette absence de filet de sécurité représente un défi majeur, particulièrement pour les étudiants ayant investi financièrement dans leur formation par le biais de prêts ou d’épargne familiale.
Perspectives d’avenir
L’enseignement supérieur privé français se trouve à un moment charnière. La réforme annoncée vise à professionnaliser le secteur et à distinguer les établissements sérieux des opérateurs opportunistes.
Dans un contexte où l’université publique fait face à ses propres défis budgétaires, le secteur privé continue de jouer un rôle complémentaire important. L’enjeu consiste à concilier cette fonction avec la nécessité d’assurer la qualité des formations et la sécurité des parcours étudiants.
Les années à venir seront déterminantes pour l’évolution de ce secteur, qui doit trouver un équilibre entre dynamisme économique et responsabilité éducative.
Comment Mentivis vous aide à retrouver la rentabilité
Mentivis accompagne les établissements en difficulté pour reconstruire un modèle économique solide et durable.
Audit rapide : analyse des coûts, marges par formation, dépendance à l’alternance ou aux frais de scolarité.
Redéfinition de l’offre : recentrage sur les formations rentables, formats alternatifs, repositionnement stratégique.
Optimisation réglementaire : accompagnement sur les dossiers Qualiopi, RNCP, Parcoursup, conformité HCERES.
Mise en œuvre opérationnelle : plan d’action, pilotage des équipes, suivi des résultats.




